La lettre hebdomadaire de Café IA

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Bonjour à toutes et à tous,


Nous sommes le vendredi 21 novembre 2025. Bienvenue dans la lettre d’information de Café IA. Au menu de cette semaine : Imaginaires, de quoi parlons-nous ? ✦ Dans la veille : des freins psychosociaux du numérique ✦ La ressource de la semaine : un cours en ligne sur l’IA générative ✦ Et toujours la liste des prochains Cafés IA…

 

Bonne lecture !

 
 

En complément du Jeu des imaginaires de l’IA que nous développons, nous avons préparé un ensemble de réflexions pour mettre en perspective cette question des imaginaires de l’IA que nous vous annoncions dans la première lettre de Café IA. Nous allons vous les proposer sous forme d’une série au long cours dans cette lettre d’information. Des réflexions pour interroger, mettre en perspective, discuter des imaginaires de l’IA.

 

Ce nouvel épisode commence par une mise en perspective signée François Houste, avec qui nous avons développé le Jeu des imaginaires.

 

Imaginaires, de quoi parlons-nous ?

François Houste

Les imaginaires, des images-réflexes, entre émotions et clichés.

La perception que nous avons d’un nouvel outil, d’un nouvel instrument ou d’une nouvelle technologie passe souvent par les imaginaires. Avant même que nous n’en fassions une expérience réelle, nous sommes déjà submergés de récits et d’images qui vont préparer, conditionner, parfois définir notre accueil de ces technologies, la façon dont nous les utiliserons, mais également notre opinion quant à leur impact. C’est là la grande force, et sans doute aussi le grand défaut des imaginaires.

 

Ainsi, les programmes de génération de contenu basés sur les grands modèles de langages (Large Language Models, LLM) auraient-ils connu un aussi grand succès d’usage et une si grande amplification médiatique s’ils ne reposaient sur l’imaginaire de l’intelligence artificielle ? Et si les résultats qu’ils produisent n’avaient été esquissés par de nombreux récits de science-fiction, films, romans ou expériences de design ? Les imaginaires, qu’ils soient collectifs ou individuels, orientent notre perception de la technologie.

 

Mais qu’est-ce que c’est, au juste, un imaginaire ? Le mot est facilement mis à toutes les sauces pour désigner un ensemble flou de références pop, de fictions et de projection qu’on se fait des attentes des consommateurs. Mais un imaginaire, c’est bien plus simple que ça : c’est juste une image que l’on a dans la tête et qui peut être invoquée à n’importe quel moment. C’est le souvenir d’un film vu récemment, d’un récit lu enfant et qui a forgé notre façon de comprendre le monde. Ou c’est une histoire que nous concevons dans l’intimité de notre cerveau et qui va guider nos actions, nos créations, nos réflexions. Une image qui nous vient en tête lorsque l’on évoque devant nous un sujet. C’est ce qui précède la connaissance réelle d’un sujet, l’usage que nous avons d’un sujet, et bien souvent l’oriente.

 

Il existe en réalité deux sortes d’imaginaires : les imaginaires collectifs et les imaginaires individuels. Certains sont faits d’images et de récits, d’autres d’impressions et de sentiments. Mais tous influent sur notre perception du monde, qu’on le veuille ou non.

 

Imaginaires collectifs : de la pop-culture au cliché

Un imaginaire collectif, c’est un mythe, ou une œuvre de fiction dont la diffusion a été suffisamment importante pour toucher une large partie de la population et devenir une sorte de pensée-réflexe. Du côté des mythes, on pensera au Golem ou à la créature du docteur Frankenstein qui ont façonné une large partie de la façon dont nous abordons les robots et les intelligences artificielles. Du côté des œuvres issues de la pop-culture : romans, films, jeux vidéo, séries, musiques, ces images-réflexes, celles qui nous viennent en tête quand on parle d’intelligence artificielle, sont majoritairement issues d’une culture populaire très récente, cinématographique et hollywoodienne : le H.A.L. 9000 de 2001 l’odyssée de l’espace[1], le réseau Skynet et les robots tueurs de la série des films Terminator[2], ou encore l’assistant vocal Samantha du film HER[3] sont des imaginaires collectifs. Des images cristallisées par la culture de masse qui façonnent notre perception d’une technologie, d’un écosystème, d’un pan de notre société[4].

 

Ces imaginaires collectifs sont bien souvent les révélateurs des craintes qui pèsent sur une époque ou une société. Ainsi, certaines images véhiculées par la science-fiction du Space Age américain[5] en disent beaucoup sur les craintes liées à la guerre froide et à un éventuel holocauste nucléaire, mais également sur la réactivation du mythe de la conquête et de la Frontier[6]. Plus près de nous, le mouvement Cyberpunk[7] dont est issu par exemple le film Blade Runner[8] est révélateur, entre autres, de l’inquiétude d’une partie de la société quant au libéralisme débridé des années 1980 et à la perte de contrôle de la technologie qui contribue à son déploiement.

 

Mais il arrive également que ces imaginaires collectifs deviennent des leviers de manipulation et agissent comme des écrans de fumée face aux réels dangers d’une technologie. C’est, par exemple, ce sur quoi alertait en mars 2021 les spécialistes de l’intelligence artificielle Timnit Gebru, Emily Bender, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell dans un article critique du développement des grands modèles de langage[9] : le recours systématique à l’imaginaire de la Singularité le moment où l’intelligence artificielle dépassera les capacités d’intelligence humaine, quoi que cela veuille dire, à l’image du Terminator et de Skynet, masquent les impacts actuels et bien réels de l’IA sur notre monde : pollution, phagocytage des ressources, précarisation des emplois, etc.

 

Dans ce dernier cas, l’imaginaire collectif du dépassement de l’humain par la machine, est devenu non seulement un récit majoritaire mais a été récupéré et amplifié au service d’un projet politico-économique.

 

Certains militent également pour l’émergence, en miroir des univers souvent cauchemardesques de la science-fiction traditionnelle, d’imaginaires plus utopiques, rendant possibles la visualisation d’une transition vers des futurs positifs. C’est notamment le cas du mouvement Solarpunk[10] - terme construit par opposition au Cyperpunk, mettant en scène un usage responsable, écologique et souvent dimensionné de la technologie. Une façon, là encore, d’influencer nos imaginaires et notre perception du monde numérique qui nous entoure, mais cette fois en ouvrant des possibles.

 

Imaginaires individuels : un univers d’émotions et d’anecdotes

Jules Colé, dans une publication de l’ADEME[11], définit les imaginaires individuels comme : « l’ensemble des images et des représentations associées à des significations, des sensations et des émotions qui façonnent la vision du monde d’une personne ». On y ajoutera volontiers ces fictions ou anecdotes que nous pouvons imaginer, à titre individuel, quant à l’impact d’une technologie, d’un concept, d’un milieu, sur notre vie de tous les jours.

 

Ainsi, la réaction d’une personne ne préférant pas toucher à tel appareil de peur d’en perdre le contrôle est un imaginaire individuel qui témoigne d’une sensation et d’une crainte, celle de la perte de maîtrise face à la technologie. Et les anecdotes qui étayent cette sensation sont autant de parts d’imaginaire qu’il est important d’interroger.

Mettre les imaginaires en résonance

Dans certains cas, comme dans le cas de l’intelligence artificielle, ce sont bien souvent les imaginaires collectifs qui sont majoritaires et vont définir notre vision de la technologie. La puissance de récits comme ceux de Terminator, HER, 2001, l’odyssée de l’espace ou encore Blade Runner, mais également WALL-E[12] ou le robot Baymax des Nouveaux Héros[13], pour évoquer des imaginaires plus positifs, oblitère ainsi de nouveaux sujets qui semblent pourtant cruciaux pour éclairer nos usages. Dans certains cas, ce sont plutôt des imaginaires individuels, des ressentis, qui occupent la majorité de l’espace médiatique et influent sur nos usages et notre perception. C’est par exemple le cas de l’usage des écrans chez les jeunes pour lesquels les "impressions" débordent souvent sur les études réelles et plus scientifiques, tels les travaux d’Anne Cordier, grande spécialiste du sujet[14].

 

Ce n’est pas que les imaginaires soient toujours trompeurs, bien entendu. Mais comme n’importe quel contenu, ils peuvent servir eux-aussi un agenda politique et être agités, amplifiés, utilisés à foison. Quoi qu’il en soit, les imaginaires individuels et collectifs communiquent, résonnent, font échos régulièrement en chacun de nous : personne ne peut prétendre être totalement hermétique ou avoir un recul absolu face aux images diffusées par Hollywood ou Netflix, et personne ne peut prétendre non plus que sa lecture d’un film ou d’un roman de science-fiction n’est pas teintée de ses expériences personnelles. Toute lecture ou visionnage d’une œuvre est une actualisation, une interprétation de celle-ci en fonction de son histoire, de sa culture, de ses expériences, comme l’ont souligné beaucoup d’auteurs comme Pierre Lévy[15]. Lancez donc un débat sur la nature humaine ou réplicante de Rick Deckard[16] dans le Blade Runner de Ridley Scott et vous verrez à quel point nos imaginaires collectifs sont soumis au filtre de lecture des nos propres expériences et émotions.

 

Les imaginaires dialoguent en permanence, et se référant aux travaux du philosophe français Gilbert Durand[17], Jules Colé l’explique encore très bien : « L’imaginaire collectif structure notre compréhension et notre interprétation du monde au sein d’une culture, il nourrit nos rêves et nos aspirations, nos manières de penser, de ressentir et d’interagir avec le monde. Mais, en fonction de nos expériences et de l’évolution des contextes sociaux, environnementaux ou techniques, les imaginaires individuels peuvent aussi évoluer et venir à leur tour enrichir l’imaginaire collectif. Ensemble, ils forment un réseau dynamique de significations qui façonnent l’expérience humaine ».[18]

[1] Film de Stanley Kubrick réalisé en 1968 et co-écrit avec le romancier de Science-fiction, Arthur C. Clarke : https://fr.wikipedia.org/wiki/2001,_l%27Odyss%C3%A9e_de_l%27espace

[2] Terminator est une série de films dont le premier épisode a été réalisé par James Cameron en 1984. https://fr.wikipedia.org/wiki/Terminator_(s%C3%A9rie_de_films)

[3] Film de Spike Jonze (2013) mettant en scène un homme (Joaquin Phoenix) tombant amoureux d’une intelligence artificielle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Her_(film)

[4] Les imaginaires collectifs sont “l’ensemble des images et des représentations qui façonnent la vision du monde et le système de sens d’un groupe ou d’une société”. Jules Colé, Mobiliser la société à travers le prisme de l'imaginaire : cartographie des imaginacteurs et de dispositifs d'action en faveur des transitions, Ademe, 17 octobre 2024 : https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/7662-mobiliser-la-societe-a-travers-le-prisme-de-l-imaginaire.html

[5] Le Space Age désigne à la fois l’ère spatiale de la conquête de l’espace des années 50 et, concomitamment, la vague de romans de science-fiction qui va donner vie à l’imaginaire de cette conquête spatiale en la sublimant.

[6] La Frontier désigne aux Etats-Unis la ligne marquant la zone limite de l'implantation des populations d'origine européenne dans le contexte de la conquête de l'Ouest. Le terme est devenu, au fil du temps, une métaphore de l’esprit américain : un exceptionnel esprit d'initiative et d'innovation (Frederick Jackson Turner). Le terme a été réutilisé par John F. Kennedy en 1960, sous la forme de New Frontier, pour évoquer la conquête spatiale qui démarre alors et son objectif d’expédition d’hommes sur la Lune. La mythologie de la Frontier reste importante dans les imaginaires de la Silicon Valley et de la technologie aujourd’hui.

[7] Le cyberpunk (association des mots cybernétique et punk) est un genre de la science-fiction très apparenté à la dystopie et à la hard science-fiction, riche en détails scientifiques et techniques sous prétexte de vraisemblance. Il met souvent en scène un futur proche, une société technologiquement avancée dans des mondes violents et pessimistes. ttps://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberpunk

[8] Film de Ridley Scott, 1982.

[9] Emily Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell, "On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big?”, Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency.

[10] Le solarpunk est un courant artistique et politique, notamment dans la SF, né au début du XXIe siècle qui propose une anticipation optimiste de l’avenir, qui propose un avenir positif pour l'humanité par un usage modéré et responsable de la technologie, accompagné de changements sociétaux radicaux. On parle aussi de cli-fi, pour fictions climatiques. Cf. Irène Langlet, “Cli-fi et Sci-fi”, La vie des idées, 7 juillet 2020 : https://laviedesidees.fr/Cli-fi-Sci-fi

[11] https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/7662-mobiliser-la-societe-a-travers-le-prisme-de-l-imaginaire.html

[12] Film d’Andrew Stanton de 2008 : https://fr.wikipedia.org/wiki/WALL-E

[13] Film de Don Hall et Chris Williams de 2014 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nouveaux_H%C3%A9ros

[14] Notamment : Anne Cordier, Grandir connectés : les adolescents et la recherche d'information, C&F éditions 2015. Grandir informés : les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes, C&F éditions, 2023. Et avec Séverine Erhel, Les enfants et les écrans, éditions Retz, 2023.

[15] Pierre Lévy, Qu’est-ce que le virtuel ?, La Découverte, 1998.

[16] Rick Deckard est un « Blade Runner », un policier chargé de la traque de réplicants, des androïdes esclavagisés, qui, suite à leur révolte sur Mars, n’ont pas le droit de regagner la terre. Dans le film de Scott, il est interprété par Harrison Ford.

[17] Gilbert Durand est un philosophe connu pour ses travaux sur l’imaginaire et la mythologie.

[18] Jules Colé, Mobiliser la société à travers le prisme de l'imaginaire : cartographie des imaginacteurs et de dispositifs d'action en faveur des transitions, Ademe, 17 octobre 2024 : https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/7662-mobiliser-la-societe-a-travers-le-prisme-de-l-imaginaire.html

 
 

☕ Les Café IA à venir

Les prochaines sessions Café IA se dérouleront :

  • Le 24 novembre à Latillé, Cyrille Savary du réseau ECLORE LNV vous donne rendez-vous au collège Arthur Rimbaud pour échanger sur la stratégie IA dans les établissements, de 8h30 à 10h.
  • Le 24 novembre au Haillan (Bordeaux), Guillaume Commagnac, directeur du studio d’innovation TRACTR, vous invite avec l’équipe MITWIT à un petit-déjeuner au Mitwit Office Bordeaux Aéroport pour débattre de notre relation aux intelligences artificielles, autour d’un café et de quelques gourmandises.
  • Le 25 novembre à Périgueux, l’équipe Digital Valley vous accueille au 255 rue Martha Desrumaux pour un Café IA de 8h30 à 10h.
  • Le 25 novembre au Blanc, Véronique Faurie et Decarbon Lab proposent un Café IA pour échanger autour des impacts de l’IA sur nos pratiques professionnelles.
  • Le 25 novembre à Alençon… et plein d’autres dates sur le mois de décembre organisés par Le réseau Canopé Hauts-de-France
  • Le 27 novembre à Bordeaux, retrouvez Pimms Médiation pour un Café IA consacré à la place de l’IA dans la vie quotidienne, puis Nicolas Roussel du Centre Inria de l’Université de Bordeaux interviendra lors du French Tech Day 2025 organisé par la French Tech Bordeaux.
  • Le 29 novembre à Saint-Clément-de-la-Place, Sébastien Guillet animera un Café IA aux côtés de Stéphanie Joubert, animatrice de la bataille de l’IA, et de Clément Veyer, doctorant travaillant sur les usages de l’intelligence artificielle en médecine.
  • Le 4 décembre dans le cadre de l’Imagine Summit de Rennes, François Houste animera un atelier Mikrodystopies ouvert à tous.

 

Retrouvez également tous les Cafés IA PME-TPE France Num par ici, dont des sessions à Puy-de-Dôme (63), Périgueux (24), Gironde (33), Loire (42).

 
 

🎨Les Cafés animation à venir !

Vous souhaitez animer un Café IA ou partager votre expérience ? Participez aux prochains cafés animations en ligne, le jeudi de 13h30 à 15h pour découvrir des formats d’animation, des ressources pédagogiques sur l’IA et faire part de vos retours d’expérience. Un moment convivial pour s’inspirer et apprendre ensemble !

 
Je m'inscris

Au programme :

 

Jeudi 27 novembre : Animer un Café IA pour les TPE PME avec France Num.

Jeudi 4 décembre : Qu’est-ce que le jeu des imaginaires de l’IA que nous préparons ? On vous montre et on en parle ensemble.

 
 

📖A lire ailleurs

 

Mieux prendre en compte les freins psychosociaux à recourir au numérique

Le Labo société numérique publie le dernier volet d’une enquête au long cours sur le phénomène d’éloignement des publics du numérique en s’intéressant aux freins psychosociaux à l’usage du numérique. Si, bien sûr, « la part de personnes non connectées ou distantes des technologies numériques est ainsi bien plus importante parmi les milieux modestes peu diplômés, par rapport aux milieux plus favorisés et plus diplômés », les difficultés des publics ne sont pas strictement techniques ou matérielles mais relèvent beaucoup de la manière dont les individus évaluent les risques ou se sentent légitimes à investir les environnements numériques. L’étude distingue ainsi 3 grandes familles de freins : des freins liés à la crainte réelle ou supposée de risques tangibles comme la cybercriminalité, les vols de données ou le harcèlement. Des freins socioculturels, liés à la crainte de ne pas suffisamment maîtriser les outils ou de commettre des erreurs. Enfin, des freins d’adhésion, qui tiennent d’un désintérêt ou d’une prise de distance volontaire, qui repose sur des valeurs qu’incarne le monde numérique non partagées par le public. Or, ces réfractaires ne représenteraient en fait que 7 % de la population quand les empêchés et les inquiets représenteraient respectivement 18% et 37% de la population. Les auteurs de l’étude plaident pour faire reculer le déploiement d’un numérique standardisé qui produit des normes sociales d’usages excluantes.

 

L’IA pour gérer sa boîte mail

Cal Newport est rarement du genre enthousiaste. Le promoteur du « minimalisme numérique » et spécialiste de la question attentionnelle, a souvent dénoncé les lourdeurs du mail par exemple, notamment dans ses livres, A World Without Email : Reimagining Work in an Age of Communication Overload (Portfolio, 2021) ou Slow Productivity : The Lost Art of Accomplishment Without Burnout (Portfolio, 2024).

Pour le New Yorker, il explique avoir testé Cora, un service d’IA qui se plug à sa boîte mail pour en faciliter la gestion. Généralement, « la gestion des e-mails consiste à trier les messages selon différents niveaux de complexité et d'importance. Le niveau le plus superficiel comprend les spams, les e-mails promotionnels et les abonnements à des newsletters oubliés depuis longtemps, que l'on peut supprimer sans hésiter. Le niveau suivant contient les messages qui requièrent notre attention, mais auxquels on peut répondre simplement : « Bien reçu !», « Merci !», « C'est à 16 h. À tout à l'heure ! » Ces courriels peuvent procurer une agréable sensation de productivité avec un minimum d'effort mental. Mais, tant qu'on n'y répond pas, ils peuvent aussi engendrer une anxiété sournoise, comme si une foule de correspondants attendait impatiemment notre attention. La couche la plus profonde est constituée de messages rapides à lire, mais qui exigent une réflexion approfondie ». Ces messages plus compliqués nécessitent d’évaluer les demandes qui nous sont faites, leurs implications sociales, comme quand un inconnu nous demande de prendre un café pour discuter de projet avec nous. Après avoir connecté Cora à sa boîte mail, celle-ci s’est retrouvée parfaitement triée, s’enthousiasme Newport. L’application avait supprimé les messages de niveau 1, fait des propositions de réponse pour les messages de niveau 2 et laissé les messages plus complexes à mon appréciation. Cora, pas plus que « les autres outils de messagerie électronique basés sur l'IA que j'ai testés, notamment Superhuman, Microsoft Copilot pour Outlook et SaneBox, ne tente de répondre à ce type de courriels complexes ».

 

Pour que ces outils puissent répondre à ces demandes, il faudrait qu'ils intègrent plus d’informations sur nous-mêmes, ce qui serait assez complexe. Il faudrait qu’ils intègrent ce que Michael Polanyi appelait La dimension tacite, c’est-à-dire du contexte et des présupposés implicites.

 

« Le fait que les outils d'IA ne soient pas susceptibles d'automatiser la messagerie électronique de sitôt n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Une machine capable de dominer la boîte de réception pourrait mettre de nombreux travailleurs du savoir au chômage ». Le développeur Srinivas Rao lui a montré son assistant de messagerie IA, OrchestrasteOS, qui va plus loin dans les propositions de réponses, puisque face à ces messages complexes, le système propose à l’utilisateur de mieux identifier l’interlocuteur et sa demande par des suggestions de requêtes.

 

« Même si les outils de messagerie resteront probablement limités par le problème de la connaissance tacite, ils peuvent encore avoir un impact profond sur notre rapport à cette technologie de communication fondamentale ». Pour Dan Shipper, le fondateur de Cora, l’enjeu est de proposer une transformation radicale de notre rapport à la messagerie.

 
 

💡 La ressource de la semaine

 

Cours : L’IA générative, pas à pas

Le service universitaire de pédagogie de l’Université Bretagne Sud a mis en ligne un cours pour sensibiliser les étudiants aux usages de l’intelligence artificielle générative. Composé de plusieurs sections et de plusieurs jeux et quizz, il propose un ensemble de conseils et de modules d’auto-formations pour en comprendre les enjeux.

 
 

👋 Avant de partir

Merci de nous avoir lu ! Si vous avez apprécié la lettre d’information de cette semaine, partagez-la ! Tout à chacun peut s’inscrire ici.

 

Comme d’habitude, n’hésitez pas à nous faire vos retours. Vous avez des questions, des remarques ou des suggestions ou vous souhaitez que nous abordions un sujet en particulier ? Nous sommes à votre écoute ! N’hésitez pas à répondre à ce mail ou à nous écrire à bonjour@cafeia.org. 

 
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